Critères environnementaux obligatoires dans les appels d’offres publics : ce qui change pour les PME

Le 21 août 2026 marque une bascule réglementaire pour toutes les entreprises qui répondent à des marchés publics. En application de l’article 35 de la loi Climat et Résilience, chaque acheteur public doit désormais intégrer au moins un critère environnemental dans la notation des offres.

C’est un changement majeur pour les milliers d’entreprises qui répondent chaque année aux appels d’offres publics. Elles vont devoir faire la preuve, chiffrée et mesurable, de leur engagement environnemental pour continuer à remporter ces marchés.

Si vous êtes une PME qui répond régulièrement à des marchés publics, voici ce que ça signifie concrètement, et ce que vous devez avoir en main pour ne pas être pris de court.

D’où vient cette obligation : rappel rapide

En août 2021, la loi portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets est publiée au Journal officiel. L’article 35 modifie le code de la commande publique en y ajoutant cette phrase : « Au moins un de ces critères prend en compte les caractéristiques environnementales de l’offre. »

Le décret d’application du 2 mai 2022 a confirmé cette bascule et fixé l’échéance opérationnelle au 21 août 2026. Le législateur a donc laissé aux acheteurs comme aux entreprises quatre années pour s’organiser.

L’obligation n’est pas une surprise, elle était annoncée depuis 2021. Ce qui change maintenant, c’est qu’elle s’applique.

Les deux obligations distinctes

À compter du 21 août 2026, l’article 35 modifie deux dispositions du Code de la commande publique : un critère d’attribution environnemental, qui intervient au moment de l’analyse des offres pour départager les candidats ; et une clause d’exécution environnementale, qui s’applique pendant toute la durée du marché au titulaire retenu.

Ce que ça veut dire en pratique :

La première obligation concerne la phase de sélection. Lorsqu’un acheteur public évalue les offres, il devra obligatoirement intégrer un critère environnemental dans sa grille de notation, au même titre que le prix ou la valeur technique. Cela met fin à la possibilité pour les acheteurs de sélectionner une offre sur la base uniquement du critère du prix.

La deuxième obligation concerne l’exécution du contrat. Jusqu’à présent, les acheteurs pouvaient prévoir des conditions d’exécution comportant des considérations environnementales. À partir du 21 août 2026, ils devront le faire. Ces engagements ne sont pas déclaratifs : ils deviennent des obligations contractuelles susceptibles de faire l’objet d’un suivi par l’acheteur pendant l’exécution du marché.

Pourquoi c’est un enjeu majeur pour les PME

En 2024, la commande publique a représenté 233 milliards d’euros et plus de 223 000 marchés. Et 60% de ces marchés ont été attribués à des PME.

Ce sont vos marchés. Et les règles du jeu viennent de changer pour les obtenir.

Ce qu’on va concrètement vous demander

La loi laisse une large marge d’appréciation aux acheteurs. Elle ne définit ni les caractéristiques environnementales à évaluer, ni la méthode de notation, ni la pondération minimale à appliquer. Le critère retenu devra simplement être pertinent au regard de l’objet du marché.

En pratique, selon le type de marché, les acheteurs pourront demander :

  • Pour un marché de fournitures : les émissions de gaz à effet de serre liées au cycle de vie du produit, une analyse de cycle de vie (ACV), la part de matières recyclées, la réparabilité.
  • Pour un marché de travaux : les émissions générées par le chantier, les modes de transport des matériaux, la gestion des déchets.
  • Pour un marché de services : les émissions liées à l’exécution de la prestation, les déplacements des équipes, la stratégie de réduction carbone de l’entreprise.

Les justificatifs pourront notamment prendre la forme d’un bilan des émissions de gaz à effet de serre réalisé selon une méthodologie reconnue, de fiches techniques ou déclarations environnementales des produits, de certificats ou labels environnementaux, de certificats de management environnemental tels qu’ISO 14001, ou de tout document permettant de justifier les performances environnementales annoncées.

La vraie nouveauté : déclarer ne suffit plus

C’est le changement le plus important, et c’est celui que beaucoup de PME n’ont pas encore intégré.

Les déclarations d’intention, les engagements génériques ou les promesses non documentées risquent de peser beaucoup moins qu’auparavant face à des concurrents capables de produire des données fiables et des preuves concrètes.

Dit autrement : avoir une bonne démarche environnementale ne suffit plus si vous ne pouvez pas la démontrer avec des chiffres. Ce qui compte, c’est la capacité à produire des données vérifiables, pas les intentions.

À partir d’août 2026, toutes les entreprises répondant à des marchés publics devront présenter des engagements environnementaux. Ce qui signifie que la conformité minimale cessera d’être un différenciateur : elle deviendra le ticket d’entrée.

Ce que vous devez avoir en main

La bonne nouvelle : vous n’avez pas besoin d’un département RSE ni d’une certification ISO complète pour répondre. Ce dont vous avez besoin, c’est de pouvoir fournir des données cohérentes sur les sujets que l’acheteur va évaluer.

Concrètement, les éléments les plus souvent demandés et les plus accessibles pour une PME :

  • Données énergie et carbone : vos consommations d’électricité, de gaz, de fioul en kWh ou en m3 (vos factures les donnent), et si vous l’avez, une estimation de vos émissions de GES. L’ADEME propose des outils gratuits pour le calculer à partir de ces données d’activité.
  • Politique environnementale documentée : même une page qui décrit vos pratiques existantes en matière de gestion des déchets, d’énergie, de transport. Ce que vous faites déjà mais que vous n’avez peut-être jamais formalisé.
  • Données de suivi dans le temps : un tableau avec vos indicateurs clés année par année. Les acheteurs veulent voir une progression, pas une performance parfaite.
  • Certifications si vous en avez : ISO 14001, labels sectoriels, certifications qualité avec volet environnemental. Chaque document qui atteste d’une démarche externe compte.

Réaliser un premier bilan GES, définir un plan d’action crédible, mettre en place des indicateurs de suivi, collecter les données nécessaires ou obtenir certaines certifications représentent des projets qui mobilisent plusieurs mois selon la maturité de l’entreprise. Plus vite vous commencerez, plus vous serez en capacité de répondre aux exigences des acheteurs publics.

Ce que ça change dans la façon de répondre aux appels d’offres

Jusqu’ici, le volet environnemental d’un appel d’offres était souvent traité en dernière minute, avec des formulations génériques. Cette approche va rapidement devenir un désavantage compétitif.

La réponse au volet environnemental d’un marché public demande maintenant la même rigueur que la réponse technique ou financière : des données précises, des sources identifiées, des documents à l’appui. Et comme pour les questionnaires fournisseurs RSE, les PME qui ont centralisé ces informations en amont répondront mieux, plus vite, et avec moins de stress à chaque nouveau marché.

Vous répondez à des marchés publics et vous voulez vous assurer que votre réponse environnementale tient la route ? C’est le type de situation sur lequel j’interviens.

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